Ej sus d'ichi, conme j'éroais peu éte d'eute pèrt. Mais a n'mé déplaît point. Edpi qu'éj sus piot, j'ai ieu tchèr chés guernouilles vèrdes qui seut't in foaisant plouf au mitan d'éch pinpin-nénette, et pi ch'frichon d'chés rosieux, pi chés sarçailles qui froufrout't.
J'ai aimè peucher chés paroés in torchis, chés querpintes éd berlon quervèes, chol queux, blanque conme du lait, qu'al pore, et pi ch'coltar, noér, milant su chés briquetons. |
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J'ai ieu tchèr éch paroli d'mes gins, rassan.nès alintour d'éch tayon, émn arriére-grand-pére, Pa-Yi, canton.nier-fossoéyeu à Cambron, aplontchè din sin cadot, qui tutoait s'pipe, à ch'coin d'ses lippes, és castchette su s'tcheuette, et pi s'pieuté tchienne, Nénette, anichèe din sin gron, qu'a li létchoait ses doéts pour avoér sin chuque.
J'ai aimè chés histoéres d'ichi, chuchutèes pèr éch vint qui s'éwipe à chés branques teurses pi chés croés d'fér érouillèes. Lo, à chés quate-écmins.
J'ai ieu tchèr gramint d'eutes coses.
Mais cho, j'm'in raminteu coér!
Je suis d'ici comme j'aurais pu être d'ailleurs. Mais ça ne me déplaît pas. Depuis petit, j'ai aimé les grenouilles vertes qui sautent en faisant plouf au milieu des lentilles d'eau, la caresse des roseaux, le froufrou des sarcelles.
J'ai aimé toucher les murs de torchis, les charpentes de guingois crevées, le lait de chaux immaculé et mat, la beauté noire et épaisse du goudron lisse sur la brique.
J'ai aimé le parler rustique des miens rassemblés autour de l'aïeul, Pa-Yi, cantonnier-fossoyeur à Cambron, affaissé sur son fauteuil de hêtre, la pipe au coin des lèvres, la casquette sur la nuque, et sa petite chienne, Nénette, nichée sur ses genoux, lui léchant les doigts, dans l'espoir d'un morceau de sucre blanc.
J'ai aimé les histoires d'ici, chuchotées par le vent déchiré aux branches torses et aux calvaires rouillés. Là, aux croisées des chemins.
J'ai aimé d'autres choses encore.
Mais ça, je m'en souviens.

A cette époque-là, il y a très, très longtemps (cétait du temps où Mathusalem allait encore en culottes courtes, avec des pampers à son derrière, et une chandelle au bout du nez), il nétait pas encore question de sécheresse, ni de réchauffement climatique. De leau, il y en avait tant quon en voulait, dans notre pays de Picardie. Il y en avait dans les rus, les ruisseaux, les rivières. Il y en avait dans les marais, dans les mares, au fond des puits. Parfois, il y en avait même trop. On ne savait pas vraiment quoi en faire. Et la pluie, à certaines périodes, ne cessait pas. A peine une averse était-elle tombée, quune autre se préparait. La pluie était notre compagne, fidèle comme un chien de chasse, toujours à nos basques, le long des chemins détrempés et des champs inondés, dans les bois humides, et autour des mares à huttes qui débordaient.. |